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Le tour du Manaslu au Népal

     Ah les voyages, les treks, la montagne, le challenge, l’excitation et la joie de monter dans un avion… Depuis le temps que je trekke, je n’avais toujours pas mis les pieds au Népal, terre de rando par excellence. Je l’avais gardé pour plus tard, un peu comme un graal, un peu comme une destination qui se mérite. Quand j’avais 20 ans, j’étais parti en Inde en solo, et dans la gare de Delhi j’avais croisé tout un groupe de français hyper chargé de matos. En discutant avec eux, j’avais appris qu’ils partaient randonner (on ne disait pas trekker au début des années 2000) au Népal. Ça me paraissait étonnant à l’époque ! Désormais aguerri à la rando après ma traversée en solitaire de l’île de la Dominique et l’ascension du Kilimandjaro par la voie Machame, je me sens prêt pour le tour du Manaslu.

Je n’ai pas choisi ce circuit par hasard, c’est un parcours moins touristique et moins fréquenté que le tour des Annapurnas. Ce dernier parait bondé car il est beaucoup plus célèbre, et mes copains spécialistes m’incitent à viser cet itinéraire qui passe tout de même par le col Larkya à 5106 mètres d’altitude à la fin des 10 jours de marche.

 

     On voyage avec Jet Airways, et très franchement je n’ai rien à redire sur cette compagnie : vols à l’heure, bon service, repas végétariens disponibles… Par contre l’escale de nuit à Bombay à l’aller et au retour est un peu rude. Mais ça fait partie du voyage, on trouve toujours une position pour fermer les yeux dans un des fauteuils du terminal. Et contre une modeste contribution, il y a des “lounges” accessibles sur place. A l’aller je me paie ce luxe pour éviter d’arriver trop claqué. Mise à part la télévision qui gueule au fond, il y a des minuscules pièces avec pour unique meuble un lit une place, qui me rappellent les hôtels capsule testés au Japon. Je squatte, je dors, je suis content (et vive les masques d’avion et bouchons d’oreille, qui font partie des accessoires obligatoires que nous avons listé pour tout voyageur qui se respecte).

A mon arrivée à Katmandou, nous sommes transférés à l’hôtel avec mon groupe de voyageurs français que j’ai rencontré pendant l’escale. Pour ces deux premières nuits, j’ai une chambre individuelle et tant mieux : pour bien étaler mes affaires et préparer le sac du trek, je suis content d’avoir mon espace perso. Et comme j’ai des copains sur place, je quitte le groupe pour la première soirée pour aller manger des momos en ville et boire des coups. Le momo, c’est le ravioli local, dans lequel on peut mettre un peu ce qu’on veut, mais il en existe des végétariens, vapeurs ou frits, à tremper dans des petites sauces à tomber par terre. Miam ! C’est agréable d’arriver dans une grande capitale bondée et inconnue, et d’avoir des copains qui terminent un trek et qui connaissent déjà les bonnes adresses ! Je découvre les spécialités locales, notamment le rhum à l’eau chaude, une sorte de grog un peu fade finalement, mais je me prête au jeu avec plaisir. Par la suite c’est la bière qui l’emportera : l’Everest ou la Gorkha (en évitant copieusement la Tuborg en vente partout). Les retrouvailles sont festives mais la raison l’emporte, je m’arrête de boire à temps et je ne me couche pas tard !

 

     Le lendemain, nous visitons la ville en apprenant à faire connaissance avec le groupe. On fait les classiques : le quartier de Thamel avec ses multiples boutiques de matos de trek (attention, 100% des produits sont des contrefaçons lorsque le prix n’est pas celui à lequel on s’attend raisonnablement…), Bodnath, le plus grand stupa de la vallée et Baktpaur, à une quinzaine de kilomètres, puis Patan, ancienne ville royale. Je détaillerai ma visite de Katmandou dans un prochain article.

 

     Je rencontre également l’équipe de l’agence locale qui nous brieffe sur les 10 jours qui arrivent. Ce prestataire est une entreprise familiale où règne une bonne ambiance. Catherine et sa fille managent une équipe locale expérimentée, dont notre guide Titi assisté de son aide et cuisinier (et ami) Some. On détaille chaque jour de trek avec la carte sous les yeux, on vérifie que chacun a bien le matériel nécessaire. On nous présente le caisson de décompression : c’est une sorte de sac de couchage en plastique, fermé hermétiquement, que l’on gonfle à la pompe. Le type qui se sentirait mal serait allongé à l’intérieur et l’on pompe de l’air dans le “sarcophage” pour recréer une pression atmosphérique plus supportable. Ceci en attendant les secours ou avant de le redescendre à plus basse altitude. Habituellement, c’est plutôt à la fin du trek qu’on nous le présente, car franchement ça ne donne pas envie de s’y glisser ! Mais comme dirait le porte flingue dans les Tontons Flingueurs : ” Ma présence rassure ” !!

     Le lendemain, nous prenons un véhicule et nous taillons la route pour atteindre Arughat, puis Soti Khola pour commencer le trek. Il faut sortir de la ville, très polluée et ultra chargée de véhicules. La route est correcte jusqu’à Arughat, puis devient de la piste jusqu’à Soti Khola. Mais en ce début de voyage, tout ce que je vois par le fenêtre du véhicule est dépaysant. L’architecture de la ville, puis les montagnes, les ponts… C’est la journée entière qui est consacrée à rejoindre le point de départ du trek, Soti Khola, à 620 mètres d’altitude. 150km, mais 6h de route !

     A titre indicatif, je précise ici les dénivelés, les altitudes d’arrivée et le temps de marche, afin d’avoir une idée de la progression, de l’adaptation prévue et du climat que l’on rencontre. J’ai effectué le tour du Manaslu en 10 jours dont 2 consacrés à l’acclimatation.

Point de départ : Soti Khola 620m

 

Jour 1 (22/10) : Machakhola  930m (+740 / -530) 5h de marche

     A cette altitude, il fait relativement chaud. A l’instar de l’ascension du Kilimandjaro où nous avions prévu de nous couvrir de multitudes de couches pour éviter de geler, les premiers jours sont très chauds et nous transpirons dans des t-shirts techniques en nous couvrant les bras de crème solaire. Nous marchons le long de la rivière en traversant des petits villages de pêcheurs. On se dégourdit les pattes, on règle nos bâtons de marche, on réajuste son sac, on teste le Camel Bag, les pieds se refont aux chaussures. Bref, premier jour de trek. Nous observons les premières plantations de riz en terrasse.

Notre hébergement, que l’on appelle lodge, n’a rien à voir avec les lodges africains. Ici je dirais plutôt auberge ! Mais il y a de l’électricité, de l’eau chaude et une bière ! Some nous prépare un repas, mais ce n’est que plus tard qu’il nous montrera ses réels talents de cuisinier en montagne, il en garde sous le coude. Je continue de faire connaissance avec le groupe de marcheurs et je partage désormais ma chambre avec un compagnon (qui s’avérera ronfleur et péteur. La totale).

 

Jour 2 : Jagat 1370m (+660 / -220) 6h de marche

     La marche du jour reste facile pour se faire les jambes. Avant d’atteindre la vallée où nous passerons la nuit, notre chemin passe par Tatopani, un petit village qui a pour particularité d’avoir une source d’eau chaude (comme son nom l’indique en népalais). Aujourd’hui assez connue et donc touristique, la source coule dans un bassin maçonné, et ce chemin étant également celui du trek des Annapurnas, il y a du monde. L’attraction n’en vaut pas la peine, mais ce n’est pas un détour. J’ai envie de quitter la foule que nous ne retrouverons plus jamais. Que les brahmanes viennent y faire leurs ablutions est légitime, pour un occidental en vacances 15 jours c’est ridicule.

 

Jour 3 : Dyang 1920m (+1500 / -950) 6h de marche

     Première journée de marche importante, avec des dénivelés conséquents, mais les deux premières journées permettent d’aborder ce chemin sereinement. Les montées sont raides et nous descendons au fond des gorges, mais les paysages et la végétation changent. Un immense pont suspendu nous épargne des détours ou le franchissement de la rivière. Nous croisons des chortens (stupa tibétains) et des murs à prières, nous ne sommes pas loin de la frontière tibétaine. Nous commençons à apercevoir les sommets voisins du Manaslu et il nous tarde d’observer ce grand “M” enneigé.

 

Jour 4 : Prok 2440m (+820 / -300) 4h de marche

     La journée est plus facile ce qui nous permet de prendre notre temps pour observer les paysages et les scènes paysannes. Les ponts suspendus se font plus nombreux pour enjamber les rivières assez puissantes. Nous passons par une vallée encaissée, nous n’avons aucune vue sur les hauts sommets mais nous pouvons facilement les imaginer.

 

Jour 5 : Lho 3180m (+1200 / – 460) 5h de marche

     Nous passons la barre des 3000 mètres d’altitude. La végétation est toujours très verte et une odeur familière nous rappelle la pinède des Landes. Titi sourit et nous indique au sol des aiguilles de pins ! C’est bien cela, au Népal, les pins se plaisent en altitude et c’est une forêt de pins que nous traversons. Il n’y aucune difficulté particulière aujourd’hui, nous profitons du beau temps et des paysages.

 

Jour 6 : Samagau 3390m (par le glacier Pungen) (+680 / -470) 6h de marche

     Nous passons par des petits villages où nous nous arrêtons boire un thé. La vie locale s’articule autour des travaux des champs, en famille. Les enfants jouent pendant que les parents bossent, tous ne vont pas à l’école qui se trouve parfois extrêmement loin.

En cuisine, Some continue de nous faire voir de quoi il est capable. Le feu pour faire cuire les aliments ou bouillir l’eau est principalement alimenté de bouses de yack séchées. C’est un bon combustible, on en trouve partout et étonnamment aucune mauvaise odeur ne s’en dégage.

 

Jour 7 : Samdo 3780m (+430 / -40) 2h de marche

     La journée de marche est facile, nous profitons de ce temps pour rencontrer les habitants, visiter les temples, discuter avec l’équipe. Les stupas se ressemblent, mais nous avons pris le pli de respecter le rituel de tourner autour dans les sens de l’aiguille d’une montre, en psalmodiant “Om Mani Padme Om” et en faisant tourner les moulins à prières. Certaines pierres gravées ont plusieurs centaines d’années, et les édifices peints apportent une atmosphère mystique.

Je suis toujours impressionné par ces paysans habitués à un climat qui m’impose de porter des vêtements pour rester au chaud, alors qu’eux sont en jeans, mains nues et parfois simplement en chemise. En fin d’après midi il se met fortement à neiger. Le paysage est magnifique, le village se couvre de blanc. Some nous gratifie de délicieux momos, dont certains végétariens pour moi, et se lance également dans le périlleux exercice de nous faire des… pizzas… sans four. Vous le croirez ou non, en plus de la joie procurée par un tel plat à une telle altitude, elles étaient délicieuses. Un bon cuisinier en montagne, c’est le moral assuré à toutes les étapes !

Nous dormons en gite et croisons une autre équipe qui elle, bivouaque. Les équipements sont aujourd’hui très performants pour isoler du froid, mais nous sommes quand même content d’avoir un lit cette nuit.

Catherine de l’agence à Katmandou m’avait confié des photos à donner à la fille du gite. Je les lui donne, elle est ravie et je lui propose en retour de la prendre en photo pour les donner à Cathy. Le ciel est bleu, un cheval blanc débarque de nul part, et j’ai la chance de pouvoir passer du temps pour prendre cette femme et sa fille en photo.

 

Jour 8 (29 octobre) : Dharamsala 4460m (+700 / -20) 3h de marche

     Deuxième journée tranquille pour s’acclimater car demain nous passons le col de Larkya. Nous atteignons Dharamsala (à ne pas confondre avec la ville du même nom en Inde qui accueille l’actuel Dalai Lama, ainsi qu’un bon nombre de tibétains en exil). Ce soir on dort au camp de base.

Le petit matin nous offre une vue magnifique sur le sommet du Manaslu, le superbe “M” ensoleillé s’offre à nos objectifs.

En chemin, au milieu de nul part, un petit homme a allongé un tapis devant lui et propose quelques babioles à vendre aux trekkers de passage. Le prix est dérisoire et l’originalité de cette “petite boutique ambulante” m’émeut. Je me demande combien il voit passer de touristes chaque jour. Je ne vois aucune maison à proximité, il doit faire un bout de chemin pour arriver ici. Ceci dit ça fonctionne, nous lui achetons tous une cloche ou un morceau de tissu, et moi un pendentif pour Vanille !!

Le camp de base est rustique. Il y a des toilettes sèches, des tentes pour deux personnes montées un peu partout et un “réfectoire” pour y manger tous ensemble. Finalement nous sommes assez nombreux à vouloir passer le col, une bonne cinquantaine. Mais l’ambiance est excellente, on se réchauffe tous avec la soupe, on se fait de la place, toutes les nationalités sont mélangées, c’est bruyant et on se tient chaud !

 

Jour 9 : Bimtang 3660m (par le col de Larkya 5106m) (+650 / -1550) 9h de marche

     Quelques heures avant le lever du soleil, toute l’équipe est active pour préparer les sacs, vérifier qu’il ne nous manque rien, panser les petites ampoules, remplir les gourdes, ajuster le bonnet… Nous commencerons la journée à la lampe frontale pour éclairer nos pas. Nous commençons a marcher dans la neige, silencieusement, religieusement, en file indienne. Petit à petit, le soleil se lève, éclaircit notre chemin, nous fait voir un peu de lumière et les couleurs nous éblouissent. Le soleil rasant colore les nuages et on oublie le froid et la fatigue. On éteint les lampes.

Derrière des murs en pierre, un petit écriteau nous annonce “salon de thé” ! Nous y buvons évidemment un bon Tang chaud au citron, et là, nous assistons médusés à une avalanche sur le versant d’en face. Le bruit et la puissance dégagée par ce phénomène nous hypnotise et nous effraie à la fois.

Le terrain est accidenté désormais, avec la neige au sol qui ne facilite pas l’ascension. Le soleil tape fort, nous aveugle et nous brûle la peau découverte. Nous avançons à petits pas pour enfin atteindre le col. Une dizaine de personnes s’y attarde pour se prendre en photo et nous nous prêtons également à l’exercice quand vient notre tour. C’est étonnant de “faire la queue” à 5200 mètres d’altitude pour se prendre en photo… Ce n’est pas ici que la vue est la plus magnifique, mais c’est le point culminant de notre parcours. Les drapeaux tibétains claquent au vent, le plus dur est passé, nous savourons l’instant avant la grande partie de descente.

 

Jour 10 : Darapani 1860m (+500 / -2300) 7h de marche

      C’est le dernier jour de trek, nous avons bouclé le tour du Manaslu, nous redescendons vers la vie, la ville, en passant par des chemins déblayés par de grosses machines pour construire une route goudronnée prochainement, la vie de la montagne s’échappe peu à peu et la modernité refait surface. Demain nous reprendrons un 4×4 pour rentrer à Katmandou, 6 heures de voiture sans compter les embouteillages monstrueux de la capitale népalaise (nous y passerons 4 heures supplémentaires, Titi nous faisant passer le temps en nous montrant des clips musicaux sur son téléphone). Nous retrouverons nos habitudes, notre confort, la douche chaude qui nous aura manqué pendant l’ascension, internet, les souvenirs et les cartes postales…

 

     Comme après chaque échappée dans la nature, le retour en ville est choquant. Je me demande si on ne serait pas tous mieux à crapahuter sur une montagne ou dans une forêt, plutôt qu’à bosser un tiers de notre vie derrière un écran. Mais rapidement la vie reprend son cours, et par cet article je reprends conscience des sentiments que j’ai ressenti à ce moment là.

Vivement la prochaine expédition donc.

Olivier

 

TOUS NOS TREKS ET RANDONNÉES

8 Comments

  1. Quelle Lumière incroyable sur ces superbes photos pour illustrer l’article, merci beaucoup!

  2. Snooze Again Snooze Again

    Merci beaucoup ! C’est vrai que la lumière fait beaucoup, et lorsqu’on l’associe à des paysages merveilleux, la photo est réussie 🙂

  3. Votre article est magnifique, la lumière doit être incroyable là-bas et les paysages sont à couper le souffle! Bien envie d’y aller à notre tour 🙂

  4. Snooze Again Snooze Again

    Merci ! Pour les amoureux du trek et de la photo, c’est un terrain de jeu incomparable… Il faut vous planifier un voyage dans ce beau pays 🙂

  5. Anne Laure Anne Laure

    Mais quel kiff de te lire ! Un régal, on s’y croirait !
    Merci pour la balade 😉

  6. Snooze Again Snooze Again

    Merci Anne Laure ! On tient ce blog pour partager nos aventures, c’est hyper encourageant de lire que tu as aimé 😉

  7. Gerin Gerin

    C’est kiffant de vous lire ! Gst est un sacré bon TO … et vous aussi ! Georgeslebelge

  8. Snooze Again Snooze Again

    Merci Georges ! Effectivement, toute l’équipe sur place a été parfaire de A à Z, je ne peux que les recommander chaudement !

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